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Architecture - Urban DesignEn France avec la Berkshire Review

Les opéras en contexte, deuxième partie: l’Opéra Bastille (version française)

L'Opéra Bastille. Photo © Alan Miller 2012.
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L'Opéra Bastille. Photo © Alan Miller 2012.
L'Opéra Bastille. Photo © Alan Miller 2012.

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What does it matter what you say about buildings? Est-ce qu’il existent des bâtiments mauvais ou médiocres qui nous fascinent quand-même?  Je ne parle pas des “guilty pleasures,” une tendance devenue si quotidienne qu’on peut voir Plan 9 from Outer Space à la Cinémathèque Française. Je parle, bien sûr, de l’Opéra Bastille, une édifice qui résiste à chaque tentative de la décrire ainsi.

Peut-être sent-on quelque peu de compassion pour un bâtiment critiqué, par Hugues Gall, l’ancien directeur de l’Opéra national de Paris, par exemple, comme une “mauvaise réponse à une question qui ne se posait pas.” Si cette question—Paris, est-ce qu’elle a besoin d’un nouveau opéra?—était en jeu aux années 1980, elle n’est pas plus contestée. Paris soutient simultanément le Palais Garnier, l’Opéra Bastille, et des autres théâtres qui présentent l’opéra.

L’autre question—si l’Opéra Bastille est mauvais—reste ouverte, au moins dans les yeux de son public. Avoir un avis semble obligatoire. L’Opéra Bastille est probablement le moins chéri des grands travaux de François Mitterrand. Sa naissance a inspiré plusieurs histoires, surtout la légende de sa naissance—que le Président de la République a choisi la mauvaise maquette, que le jury pensait qu’ils avaient choisi le dessin de Richard Meier, l’architecte le plus célèbre de l’époque. Dans son livre, Les Grands travaux des présidents de la Ve république, l’histoire de tous les grands projets parisiens du Centre Pompidou (1977) au Musée de Quai Branly (2005), Georges Poisson raconte que le jury a choisi sans trop d’enthousiasme six projets finalistes parmi les 757 concourants. Mitterrand a éliminé tous sauf deux, puis trois et enfin c’était Carlos Ott qui a gagné le concours avec Christian de Portzamparc en deuxième place qui proposait un urbanisme plus ambitieux qui aurait construit l’Opéra dans le grand triangle entre la rue du faubourg Saint Antoine et la rue de Lyon, à travers la rue de Charenton.

Selon Poisson, le jury crut voir “la patte de Meier” dans le dessin de Ott, mais il semble que le dessin fut choisi aussi pour sa sensibilité à son contexte, façon assez bizarre pour justifier un bâtiment qui semble venir d’un monde extraterrestre au douzième arrondissement de Paris (l’Opéra Bastille rappelle un peu les bâtiments administratives de la Fédération des Planètes de Star Trek). Ott a présenté son dessin comme un “projet fonctionnel qui n’est pas essentiellement esthétique”(1) entre les deux pôles urbains de la tabula rasa et d’un contextualisme trop affecté.(2) L’énormité du projet, avec une salle de 2700 places, une “salle modulable”—inachevée—de 600-1300 places, aurait empêché cette démarche contextuelle de Ott.

Dans la tension entre l’Opéra Bastille et ses alentours il s’agit peut-être d’une question de style plutôt que de grandeur. Le défi d’Ott était compliqué par la géométrie pure de son bâtiment et ses surfaces lisses et dures. Ce dessin fut achevé en plein essor du postmodernisme, un mouvement qui a laissé moins des traces à Paris qu’aux autres villes, surtout celles des États-Unis, où le style était beaucoup plus répandu. C’est peut-être grâce aux grands travaux de Mitterrand que Paris manque des colonnes corinthiennes en plâtre rose. Comme certains autres grands bâtisseurs de l’histoire, le Président de la République avait son propre goût. Il préférait une monumentalité ultramoderne, un style très français qui exprime une présence monumentale sans historicisme et avec les matériaux modernes. C’est d’ailleurs une tendance rare, mais c’est évidente partout en Paris, du Centre Pompidou aux grands travaux et même à la “montagne” de Stephane Maupin dans la rue Rebière.

Le post-modernisme parisien, Avenue Daumesnil. Photo © Alan Miller 2012.
Le postmodernisme parisien, Avenue Daumesnil. Photo © Alan Miller 2012.

Quoique l’Opéra Bastille incarne ce style, il reste outsider parmi les grands travaux. Malgré ses problèmes pratiques, on peut comprendre le charme de la Bibliothèque Nationale avec sa géométrie sans compromis et c’est la même chose avec la Grande Arche de la Défense. Quant au Grand Louvre, les polémiques de sa naissance ont été remplacé par une des grandes réussites architecturales de ces dernières décennies. Mitterrand lui-même était ambivalent à propos de l’Opéra Bastille. Il a dit au Nouvel Observateur que “Dans son état initial, par exemple, je n’aurais pas choisi le projet d’Opéra Bastille. C’est le projet sur lequel j’ai le plus hésité, et pas seulement pour son architecture. Maintenant, j’y suis rallié.(3)”

Sur le plan stylistique, l’Opéra n’est ni une forme qui suit sa fonction ni une caprice sculpturale. Son style est entre et à coté d’un modernisme rationnel et un postmodernisme contextualiste. Avant de considérer son urbanisme, il faut noter que l’Opéra a tous les équipements d’un théâtre moderne—une grande salle, sobre mais assez belle à mon avis, avec des bons angles de vision et un acoustique agréable, une scène de 4500 mètres carrés et des coulisses énormes avec la célèbre plaque tournante qui permit, en principe, la représentation de trois spectacles par jour. Quoique cette technologie avait ses fautes  tout au début, un opéra qui n’entrave pas les créations de ses artistes n’est rien.

Les tentatives contextualistes d’Ott sont nombreuses et quelquefois décousues. La plus évidente est la reconstruction du restaurant—Les Grandes Marches—au coin des rues de Charenton et du Faubourg Saint Antoine, soi-disant le dernier témoin des événements de 1789. Poisson critique ce “pastiche” comme un contraint inutile sur l’Opéra qui empêchait le réaménagement de la Place de la Bastille.(4) Il a raison que le restaurant est un pastiche mais un réaménagement de la Place peut contredire sa nature vivante et hétérogène—la Place de la Bastille “is almost all right.” Les autres gestes contextuels—le portail noir (une couleur choisie par le président), le grand perron, la sortie du Métro—semblent exprimer en pierre et acier l’idée d’un Opéra démocratique, un but qui concerne plus le prix des places que l’architecture.

Rue de Lyon. Photo © Alan Miller 2012.
Rue de Lyon. Photo © Alan Miller 2012.

Dans un texte de 1989, Ott a fait une comparaison assez bizarre entre son Opéra et celui de Garnier, “Il doit y avoir une véritable symbiose entre le bâtiment et le tissu urbain, à la différence du palais Garnier, bâtiment fermé qui semble infranchissable.”(5) La comparaison me semble précisément inversée. Parmi les deux Opéras, c’est le Garnier qui est le plus chaleureux, malgré ses alentours guindés, avec son ornement exubérant et son perron accueillant devant une entrée presque souriante. Par rapport au Garnier l’architecture de l’Opéra Bastille ne manque complément de charme, mais en contraste à l’esprit desinvolte de son quartier, ce n’est pas un charme accueillant. En contraste avec le Garnier, un bâtiment en ronde bosse, l’Opéra Bastille à des longues arriérés façades sur les rues de Lyon et de Charenton. L’architecture n’est pas toujours obligée à fair le pitre, mais c’est dommage, surtout parce que ces longues coulisses bloquent un lien direct entre la Place de la Bastille et la Promenade Plantée sur l’ancien viaduc de chemin de fer qui menait à la Gare de la Bastille. L’Opéra Bastille reste le diagramme d’une gare.

L'arrière de l'Opéra Bastille vu de la Promenade Plantée. Photo © Alan Miller 2012.
L'arrière de l'Opéra Bastille vu de la Promenade Plantée. Photo © Alan Miller 2012.

La Place de la Bastille est un véritable carrefour dans la ville. Le boulevard Richard Lenoir, les rues du Saint Antoine et du Faubourg de Saint Antoine (rues qui, enfin, entortillent l’axe principal de Paris) et les autres rues de la Place sont des dessins divergents et mènent aux quartiers diverses de la ville. Poisson appelle la Place de la Bastille “l’Étoile de la gauche,”(6) évoquant une histoire qui comprit 1789, l’assemblage extatique qui suivait l’élection de Mitterrand en 1981 et même la manifestation “Reprenons la Bastille” du candidat présidentiel Jean-Luc Mélenchon. Bastille est un moment de véritable transition dans la ville, pas un urbanisme factice comme la Place de l’Opéra. Les opéras de Garnier et d’Ott sont tous les deux solides mais si la Place de l’Opéra est lapidaire, Bastille reste mutable, un lieu où l’histoire reste vivante.

Sortie du Métro, Opéra Bastille. Photo © Alan Miller 2012.
Sortie du Métro, Opéra Bastille. Photo © Alan Miller 2012.

S’il l’Opéra Garnier est plus fort que les pigeons, les poubelles et la circulation de ses alentours, l’Opéra Bastille, comme beaucoup des bâtiments modernes, ne porte pas bien le désordre. La sortie du Métro dans son sous sol-est la plus sale de la Place (qui avait jusqu’au 1962 un des plus grandes et belles des édicules de Guimard). L’architecture fade mais insolite de l’Opéra Bastille est l’arrière plan d’un lieu hétérogène. On peut comprendre la hésitation du Président Mitterrand et des parisiens qui n’ont pas encore admis l’Opéra Bastille à la mythologie de leur ville (personne ne parle pas du “Palais Ott”) mais un bâtiment qui comprend la géométrie pure, une grandeur de taille, les tentatives contextualistes, un fonctionnalisme réussi et le mythe de sa propre création peut nous enseigner beaucoup. En architecture, l’intéressant est quelquefois mieux que le beau.

Station de Métro, Bastille de Hector Guimard (1900, supprimée 1962).
Station de Métro, Bastille de Hector Guimard (1900, supprimée 1962).

1. Georges Poisson, Les Grands Travaux des Présidents de la Ve République, p. 134

2. Carlos Ott, “Architecture Capitale”, in Les Temples de l’opéra, par Thierry Beauvert et Michel Parouty, pp. 118-119

3. Poisson, p. 132.

4. Poisson, p. 138

5. Ott, Carlos, Architecture Capitale, in Les Temples de l’opera, by Thierry Beauvert and Michel Parouty, p. 119

6. Poisson, p. 131

Alan Miller

About Alan Miller

Alan Miller is a graduate of the Sydney University Faculty of Architecture and holds a BFA in film from the Tisch School of the Arts at New York University. A fanatical cyclist, he is a former Sydney Singlespeed Champion. Alan Miller reports on cycling, film, architecture, politics, and other sports in his letters from Sydney. He won the 2011 Architects’ Journal Writing Prize.

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